L’Histoire de la création du Roi Lion - Julie Taymor

Genèse du projet

En 1996, Disney se rapproche de la metteuse en scène Julie Taymor et lui demande de travailler à une adaptation sur scène du film d’animation « Le Roi Lion ». Ce dernier, sorti en 1994, a été un véritable succès, devenant le premier film du box-office mondial de l’année. Il reçoit trois Golden Globes (meilleur film musical ou de comédie ; meilleure musique de film ; meilleur chanson originale) et deux Oscars en 1995 (meilleure musique ; meilleur chanson originale).

L’omniprésence de la musique et la reconnaissance dont jouissent les morceaux composés notamment par Hans Zimmer, Tim Rice, Elton John et Lebo M rendent évidente la transposition du « Roi Lion » en comédie musicale. Encore peu connue à cette époque, Julie Taymor est choisie alors qu’elle enchaîne les mises en scène d’opéra comme « Oedipus Rex » d’Igor Stravinsky en 1992, « La Flûte enchantée » de Mozart en 1993, « Salome » de Richard Strauss en 1995 ou encore « Le Vaisseau fantôme » de Richard Wagner en 1996.

Le choix de Julie Taymor

Lorsque Thomas Schumacher de Disney prend attache avec Julie Taymor, elle n’a encore jamais mis en scène de spectacle à Broadway. Il est d’ailleurs prévu que la comédie musicale « Le Roi Lion » soit d’abord présentée à l’Orpheum Theater de Minneapolis pour une période d’essai à partir du 8 août 1997 avant d’être déplacée au New Amsterdam Theater sur Broadway dès le 10 octobre.

Si Julie Taymor intéresse Disney, c’est par la richesse des formes d’expression artistique qu’elle maîtrise. Elle a en effet beaucoup voyagé, apprenant le mime à l’Ecole International de Théâtre Jacques Lecoq de Paris, se formant à la danse Topeng et au maniement des marionnettes du théâtre Wayang auprès de maîtres indonésiens, et créant même sa propre compagnie, Teatr Loh, rassemblant des artistes japonais, balinais, soundanais, français, allemands et américains avec lesquels elle mêle théâtre, marionnettes et danse dans des créations originales. 

Une approche unique

Formée au théâtre depuis ses 10 ans, Julie Taymor a développé, grâce à une curiosité sans limite, une approche très personnelle du spectacle vivant. Ses voyages lui ont appris le pouvoir de la métaphore visuelle comme moyen d’expression d’émotions profondes et de mythes universelles. Elle y puise également de nombreuses inspirations qui rendent sa mise en scène du « Roi Lion » exceptionnellement innovante.

Sa vision est claire : raconter l’histoire de Simba entre gravité théâtrale, mélodies évocatrices et effets scéniques époustouflants. Plutôt que de guider le public pas à pas, elle compte sur la spontanéité de la scène pour stimuler son imagination. Elle animera les personnages devant les spectateurs mais ce sera à eux de leur donner vie et de nourrir leur monde intérieur.

Les marionnettes et le concept des "Humanimals"

Les nombreux voyages que Julie Taymor a pu vivre sont autant de portes ouvertes sur des univers qui font grandir sa curiosité. Un point commun aux différentes cultures avec lesquelles elle a été en contact est l’utilisation des masques et des marionnettes qui permettent aux comédiens et aux danseurs de devenir les interprètes de volontés divines. Ainsi, le temps de la représentation, l’artiste devient un personnage qui vient délivrer un message universel qui dépasse et transcende sa condition humaine ou animale.

L’utilisation de masques et de marionnettes prend alors une place prédominante dans le travail de Julie Taymor autour du « Roi Lion ». Si ces éléments contribuent à la transformation de l’interprète en animal, la metteuse en scène ne veut pas effacer l’artiste et donner l’impression au public qu’il ne voit que le personnage. Julie Taymor choisit donc de conserver de manière visible les mécanismes et fils qui font tenir et permettent d’animer les masques et les marionnettes.

Elle en tire le concept de « double-événement », soit la cohabitation du comédien, du chanteur ou du danseur et de l’animal qu’il joue. Là encore, elle compte sur le spectateur pour se laisser emporter par le récit : s’il distingue l’interprète du personnage lors de son entrée en scène, tous ces éléments finissent par s’assimiler les uns aux autres, formant un tout qu’elle nomme les « humanimals ». Les danseuses se muent peu à peu en lionnes en chasse, les chanteurs deviennent des hyènes rôdant sur la scène, des girafes, gazelles et oiseaux évoluent dans la salle.

Julie Taymor au cinéma et sur scène

La vision créative de Julie Taymor est parfois sortie de scène puisqu’elle a eu l’opportunité de porter à l’écran « Titus » (1992) et « La Tempête » (2010), deux œuvres à partir des pièces de William Shakespeare. Mais c’est surtout pour « Frida » (2002) consacré à l’artiste peintre Frida Kahlo, qu’elle triomphe. Le film est nominé à six reprises aux Academy Awards et remporte dix-sept prix dont l’Oscar du meilleur maquillage et l’Oscar de la meilleure bande originale que l’on doit à Elliot Goldenthal, son compagnon. En 2007, elle se plonge dans l’univers des Beatles pour « Across the Univers ».

Le premier amour de Julie Taymor reste toutefois la mise en scène de spectacles musicaux puisqu’elle crée une adaptation de « L’Oiseau vert » de Carlo Gozzi en 1999, reprend deux fois sa « Flûte enchantée » en 2005 et 2006, et monte de nouvelles œuvres comme l’opéra « Grendel » en 2007 et la comédie musicale « Spider-Man : Turn Off the Dark » en 2010.

Un succès qui traverse les générations

Depuis presque trente ans depuis la première présentation du « Roi Lion » sur scène, la beauté de sa mise en scène, le raffinement de ses costumes, la magie de sa musique continuent d’emporter les spectateurs. Le spectacle a été décliné à travers le monde, de Paris à Tokyo en passant par Sydney, Johannesburg, Taïwan, Sao Paulo, Hambourg, Mexico et bien d’autres villes.

Plusieurs scènes marquent profondément le public à travers le monde comme « Le Cercle de la vie ». L’ouverture du spectacle émerveille autant qu’elle impressionne lorsque des animaux anthropomorphes parcourent les allées, frôlant les spectateurs, pour converger vers la scène. Julie Taymor célèbre le pouvoir de notre imagination avec sensibilité et honnêteté, déployant son talent visionnaire en nous offrant un voyage jusqu’au Rocher des lions.

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